Le silence a du sens

secret professionnel

appsy secret professionnelNEWS… Un colloque sur cette thématique importante se tiendra à L’ULB ce samedi 6 mai. L’organisateur est l’APPPSY.

La mobilisation du 16 février (800 personnes) à la Place Poelaert, soutenue par Tout autre chose et Hart boven hard, dénonçait une proposition de loi et un projet de loi concernant la levée du secret professionnel dans le contexte terroriste. Vous aussi, dites que « le silence a du sens »…

N’hésitez pas à le montrer en réalisant une photo, idéalement en groupe (dans ou devant votre/un cpas, association, école, …) de personnes ayant toutes le doigt devant la bouche (symbole du secret à garder) et une main à l’oreille (symbole d’écoute). Postez-la sur l’événement facebook ci-dessous, twitter et envoyez-la à secretprofberoepsgeheim@gmail.com. Nous « l’enverrons » aux députés. Indiquez ou montrez le nom de l’association, institution, lieu publique. Vous pouvez ajouter « Le silence a du sens. Zwijgen is goud. » #secretprof #beroepsgeheim.

La régionale TAC-HBH de Bruxelles, la Ligue des Droits de l’Homme, des CPAS, des écoles sociales, … l’ont déjà faite, et vous ?

Article explicatif ci-dessous de Sébastien Gratoir – actif dans la régionale TAC-HBH de Bruxelles, locale TAC-HBH de Forest et Tout autre enseignement supérieur – issu du « coup de griffe » dans la lettre de mars 2017 de Culture et Démocratie.

Lever le secret professionnel, l’avis d’une « démocratie » manipulée.

Une proposition de loi de la N-VA, soutenue par tous les membres de la majorité au Parlement Fédéral et même par un parti de l’opposition, devait être votée le 16 février dernier mais la discussion a finalement été reportée pour cause de renvoi devant le Conseil d’Etat. Une proposition, accompagnée d’un nouveau projet de loi dit « pot pourri », qui fait débat mais avec une opinion publique largement sous et mal informée, créant une « démocratie » manipulée. Les travailleurs de la sécurité sociale devront, par ces lois, dénoncer passivement (si le procureur du Roi exige une information et pas juste le Parquet comme avant) ou activement des personnes soupçonnées de liens avec le terrorisme via des « indices sérieux » au risque d’être sanctionnés. Si l’on s’arrête là, sans doute que la majorité des lecteurs de ce « coup de griffe », comme de nombreuses personnes, seront d’accord, trouveront que les députés agissent vraiment avec bon sens. Il sera peut-être facile de juger que les personnes ayant manifesté, plusieurs centaines, ne sont que des travailleurs sociaux « militants » qui protègent juste leur « corporation » sans aucune considération pour la sécurité.

Stop.

Le contexte. D’une part, une petite histoire. 2014 (donc avant les attentats de Paris et Bruxelles), voici un nouveau gouvernement qui annonce qu’il va aller encore plus loin que les précédents dans les politiques sociales désastreuses en s’attaquant au secret professionnel (SP) concernant surtout les « fraudeurs sociaux ». 2015, les attentats. Dois-je vraiment partager l’avis collectif des travailleurs sociaux condamnant ces actes ? 2016, la N-VA, profitant de cette occasion, dépose en commission une proposition de loi attaquant ce SP sur la fraude sociale ET les personnes liées au terrorisme. Un travailleur social peut avoir jusqu’à 10000eur d’amende s’il ne coopère pas. La même année, les fédérations de CPAS réagissent et le Conseil d’Etat renvoie plusieurs remarques très négatives dont le flou sur les délits concernés. La « fraude sociale » (que je ne condamne pas personnellement vu sa proportion minime et relevant plutôt du « bricolage de survie »), disparaît du texte. Le ministre de l’Intégration Sociale, lui, persiste sur le fait qu’il faut continuer à dénoncer tous les délits (ce qui se fait déjà illégalement dans certains CPAS). Quels éléments tangibles ont-ils alors trouvés pour soutenir une loi uniquement centrée sur les faits de terrorisme ? Ils ont cherché dans les vieux dossiers et en ont trouvé deux (c’est le nombre qui a été donné en commission parlementaire !). Celui d’un terroriste et un autre de la famille d’un terroriste dont le CPAS (pas un travailleur social, mais bien l’institution, présidée par un membre d’un parti de l’opposition, étrange!) a en effet refusé de donner des informations administratives (allocations, …) sous couvert du SP. Cela aurait pu empêcher un attentat ? Sincèrement, je suis certain que non. Conclusion de l’histoire, un secret professionnel détruit au bazooka par une proposition et un projet de loi.

D’autre part…

« vis ma vie de travailleur social ». Quel assistant social resterait de marbre ou hésiterait face à une personne qui montrerait des signes clairs de futur attentat ? Aucun. Je parle au conditionnel car même la situation ne risque pas ou peu d’arriver. Plusieurs experts de la radicalisation le disent : les personnes dans les réseaux terroristes sont très tôt en rupture totale avec la relation d’aide. Impossible de détecter quoique ce soit par un travailleur social. Ces lois (car il y en a plusieurs maintenant) ne vont donc pas lutter contre le terrorisme. Quand bien même, une disposition légale existe déjà, « l’état de nécessité », pour réagir en cas de préjudice non-hypothétique sur une personne. Cela n’a donc pas de sens de « retaper » sur le clou. Enfin, le fait justement que le SP existe permet à l’usager de s’exprimer en toute confiance, de pouvoir déposer ce qu’il vit. Cette relation sereine permet au contraire de lutter contre la rupture sociale (ou de tenter de « recoller » celle-ci créée par le système) et pourrait éventuellement éviter certains passages à l’acte. Les usagers, ayant connaissance de ces lois, risquent uniquement de se fermer d’autant plus et certains travailleurs sociaux de se sentir encore plus légitimes de jouer aux policiers paranoïaques, par conviction ou par peur d’une éventuelle sanction. C’est gagné, l’aide et la sécurité sociale sont à nouveau un peu plus détricotées comme prévu depuis le départ.

Quelle démocratie accepte et laisse voter cette loi?

La démocratie représentative (système dans lequel personnellement je ne crois plus) d’une opinion publique manipulée, anesthésiée. Celle-là même qui laisse passer d’autres lois, décrets ou ordonnances récemment sur la Grapa (Garantie de revenus aux personnes âgées) qui va être enlevée à nos nombreux aînés, sur l’expulsion sans jugement d’étrangers nés en Belgique, sur les coupures dans les maisons médicales aux listes d’attentes interminables, sur le « bénévolat semi-obligatoire » dans les CPAS (l’usager, dans certaines communes, peut être sanctionné s’il ne collabore pas) ou encore sur les futures coupures dans l’aide juridique (un avocat, ce n’est nécessaire que pour les riches n’est-ce pas ?), le financement de la sécurité sociale, les allocations familiales/d’étude et les attaques sur l’aide dans le sans-abrisme. La liste est longue…

Une démocratie qui se laisse émouvoir par des propos comme ceux, un exemple parmi tant d’autres, d’un député fédéral plutôt libéral (et même pas d’extrême droite) répondant à mon interpellation sur ce vote, je cite : « Il faut toujours se féliciter lorsque des associations s’impliquent dans la vie de la cité [je ris]. Cela étant, j’imagine que vous ne remettez pas en cause le principe même de la démocratie parlementaire […] Je ne peux évidemment imaginer que vous soyez indifférents aux moyens déployés pour empêcher tout acte des « nazislamistes » ou autres terroristes….Si c’est le cas, et c’est votre droit le plus strict en démocratie, l’écrasante majorité de la population de notre Belgique n’est en rien sur la même ligne que vous, sachez le ! Nous adopterons dès lors ce texte car lorsqu’il y a péril pour des vies innocentes, dont de nombreux enfants, on ne peut transiger sur la sécurité…». Quelle honte. Cela rejoint l’interview à la fin du JT du 16/02 en soirée de la Rtbf d’un député expliquant que « C’est pour le bien-être des travailleurs sociaux ». Il me semble que ces derniers ne lui ont rien demandé…

Fraudeur social… glandeur… potentiel terroriste…

Une démocratie qui voit avant tout l’usager de CPAS comme un fraudeur social, l’étudiant qui demande une aide financière comme un glandeur, l’étranger comme un potentiel terroriste, le sans-abrisme comme un choix, l’artiste comme concurrent des autres chômeurs, … j’en passe. Et puis zut, quand on veut, on peut ! Ils n’avaient qu’à… Tant pis pour les généralisations, tant pis pour les dommages collatéraux, la sur-sécurisation contrôlante d’abord !

Le jeudi 16 février, non il n’y avait pas que des assistants sociaux (dont la grande majorité a été obligée de rester dans leur institution) et présidents de CPAS, il y avait énormément d’étudiants, des enseignants, des avocats, des magistrats, des médecins, des éducateurs, des psychologues et ces personnes qu’on appelle à tort «usagers», comme pour les différencier, statut que j’aurai peut-être, moi demain si cela continue, vous (si ce n’est pas déjà le cas), nous, experts de nos expériences.
C’est le Gouvernement, le Parlement qui est terroriste. Avec un doigt devant la bouche, nous le leur avons exprimé et nous continuerons. Le silence a du sens.

Sébastien Gratoir
Membre de la commission « Art et santé » de Culture et Démocratie, comédien-animateur en théâtre-action et artiste intervenant en milieu de soins, enseignant en Haute Ecole pour futurs assistants sociaux, coorganisateur (Ecole en colère) de l’action du 16/02 avec la Ligue des Droits de l’Homme, les Acteurs des Temps Présents, le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté et l’Association de Défense des Allocataires Sociaux.

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