Démocratiser la démocratie !

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Publifin, Samusocial, Publipart, Kazakhgate, la liste des scandales politiques s’allonge de mois en mois. Plutôt que de réagir au cas par cas sur ces événements (qui devraient chacun être lourdement sanctionnés), ce sont les institutions et le système politique qu’il faut revoir en profondeur.

Pour cela, nous posons certains constats sur la situation, et nous proposons plusieurs solutions.

La démocratie est un sujet très vaste, il y a bien plus à en dire que ce qui est inscrit ci-dessous. Si vous voulez y contribuer, contactez le groupe démocratie afin d’y amener votre voix.

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Une démocratie enrayée

Le constat actuel est que la démocratie dysfonctionne parce qu’elle a été capturée.

D’abord par une élite économique. Une étude de l’Université de Princeton a analysé les aspirations des Américains : que veulent-ils comme politique ? Ensuite, les chercheurs ont observé ce que le gouvernement américain a fait comme politiques les 20 dernières années. Et ils ont remarqué que le gouvernement a réalisé les politiques souhaitées par les 10% les plus riches de la population, ainsi que par les lobbys patronaux. En Belgique, malgré que 81% de la population souhaite un impôt sur les grandes fortunes, celui-ci n’est dans presqu’aucun agenda politique. Bref, la démocratie n’agit pas dans l’intérêt de l’ensemble de la population. Elle est soumise aux intérêts économiques des 1% ou des 10%, qui éludent l’impôt, coupent dans les services publics, ne se préoccupent pas de l’environnement, et voient chaque année grandir leurs profits. Le néo-libéralisme (compétition, marchandisation, privatisation) est le discours qui a accompagné ce mouvement.

Ensuite, la démocratie a été capturée par une élite politique. La dépolitisation des citoyens, associée à un secteur public opaque et au fait que la politique est devenue un métier, a permis à certains hommes et femmes politiques d’utiliser le pouvoir à leurs propres fins, et non plus pour l’intérêt général. On pense ici aux scandales qui surgissent jours après jour et touchent les trois plus gros partis politiques francophones. Lorsque les citoyens ne contrôlent plus leurs élus, certains utilisent leur fonction pour s’offrir des avantages. Ce second problème est interne à la politique et est celui de la corruption, de la capture de postes par certains, du népotisme, de la professionnalisation de la politique. Un récent billet explique très bien ce phénomène.

Les citoyens sont bien conscients de ces problèmes. Abstention en hausse, non-confiance dans les partis (voir les associations),… certains jettent le bébé (l’aspiration démocratique) avec l’eau du bain (la démocratie enrayée). Une étude d’Harvard montre qu’en Europe, seulement 36% des pensent qu’un coup d’état militaire serait illégitime dans une démocratie, alors que ce chiffre est de 52% chez les plus âgés.

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Il faut démocratiser la démocratie

Il faut donc changer de cap. Voici deux propositions qui permettraient d’améliorer la démocratie représentative et faire face à la professionnalisation :

  • Un décumul radical des mandats: une personne ne devrait pouvoir cumuler plusieurs mandats s’ils requièrent plus qu’un temps plein pour les exercer tous. Il faut également limiter les mandats dans le temps pour garder créativité et motivation. Cela permettrait d’éviter une concentration du pouvoir, ainsi que les élus qui siègent sans avoir le temps de le faire bien.
  • Limiter la rémunération des élus: un élu ne devrait avoir un revenu pas tellement différent de celui d’une personne comme les autres. Et ce afin que les élus aient un niveau de vie proche de la population afin de comprendre comment les gens vivent, mais aussi pour que la fonction attire moins de gens cupides. Une proposition parmi d’autres serait de limiter le revenu des élus (leur salaire d’élu + leurs compléments) et de faire dépendre celui-ci du salaire moyen de la population. Par exemple, ils seraient payés une ou deux fois le salaire médian (qui est de ± 3000 € brut), ce qui changerait beaucoup à la situation. D’ailleurs, cela les inciterait à élever les salaires de la population en général. Une autre possibilité serait de proportionner leurs revenus sur ceux de la fonction publique, à tâche similaire.

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Autres visions de la démocratie.

Nous souhaitons aller plus loin que la démocratie représentative, et permettre aux citoyens et citoyennes non élus de faire entendre leur voix directement.

  • La démocratie participative, avec l’exemple des budgets participatifs: il s’agit de permettre aux citoyens de participer, voire de prendre directement des décisions sur certaines thématiques. Dans de nombreuses villes en France, au Brésil ou ailleurs, les citoyens gèrent eux même une partie du budget de la ville (la plus grande expérience est Porto Allegre, plus d’un million de personnes). Plus d’informations ici. Là où c’est pratiqué, ça marche et ça change les investissements, qui s’orientent davantage vers des projets utiles pour les citoyens (hôpitaux, écoles,…). Accorder un montant du budget à des assemblées citoyennes révolutionnerait la manière de concevoir l’action publique. Mais attention, ce montant doit être important, sinon il s’agit de poudre aux yeux !
    Autre exemple, à Saillans en France, des pans entiers de la politique communale sont laissés à la décision des citoyens. Ces expériences doivent être importées en Belgique et testées à différents niveaux.
  • Réfléchir au tirage au sort: le tirage au sort, plutôt que l’élection, peut dans certains cas éviter des problèmes qu’entrainent les élections habituelles (professionnalisation, encroutage, logique de partis…). Tout Autre Chose Louvain-la-Neuve a à cet égard soutenu le panel citoyen du G100, où 100 citoyens ont été tirés au sort pour s’exprimer sur un sujet politique. Le G1000 en Belgique a été la plus grande expérience du genre, même s’il faut lui poser certaines questions. D’autres utilisations du tirage au sort devraient être mises sur la table : par exemple un Sénat composé de citoyens tirés au sort. Ou des tirés au sort pour réécrire la constitution, comme en Islande. Ce sujet fait fort débat, car il y a également des échecs et des difficultés propres à tout tirage au sort. Cette proposition est donc amenée par Tout Autre Chose comme un débat à ouvrir et une idée à tester, plutôt que comme une position « pour » tout tirage au sort.

Ces quatre propositions sont des pistes de renouveau qui peuvent éviter que le monde politique tourne sur lui-même. Mais elles ne pourront pas résoudre entièrement le fait qu’aujourd’hui, c’est l’élite économique qui décide. Pour cela, il faudra de nombreuses mobilisations, afin de faire pencher le rapport de force en faveur des 99% !

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