RCTT comme alternative : discutons-en !

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La réduction collective du temps de travail (RCTT) est une alternative forte par rapport à la situation d’inégale répartition du temps de travail, de nos souhaits d’une plus grande articulation entre nos temps de vie – professionnels, privés, d’engagement, de bénévolat, familiaux, etc. -. De nombreux a priori doivent être dépassés si on veut que cette alternative puisse être considérée. Petit florilège:

Depuis le XVIIIème siècle, nous avons eu plusieurs réductions collectives du temps de travail. De plus, nous sommes confrontés aujourd’hui à une réduction massive du temps de travail, sauf qu’elle se fait sur le dos des chômeurs, des bénéficiaires du RIS, sur les personnes, en majorité des femmes, forcées d’accepter des temps partiels… Dans le même temps, des personnes souffrent au travail, font largement plus que le quota d’heures fixé légalement.

La réduction collective du temps de travail ne doit pas non plus s’envisager uniquement à partir du nombre d’heures de travail hebdomadaires, mais concerne aussi l’ensemble de la vie professionnelle. Favoriser les études ou la reprise d’étude, les crédits-temps, préserver un âge décent de retraite sont des dimensions tout aussi importantes.

De quelle productivité parle-t-on ? De celle qui nous incite à produire toujours plus sans que la demande n’augmente parce que le pouvoir d’achat ne peut suivre? La ville de Goteborg, en Suède, a décidé de passer à la semaine de 30h pour tous les travailleur-e-s des services publics (hôpitaux compris) afin d’améliorer la productivité et le bien-être. Après plusieurs mois, les résultats tendent à prouver que la productivité a augmenté. Et 14 personnes ont été engagées.

De nombreux autres exemples existent : la réduction du temps de travail s’accompagne d’un absentéisme plus faible, ainsi qu’une diminution des accidents de travail. Elle peut en outre permettre des plages d’activité plus grandes.

Aujourd’hui, les entreprises délocalisent. Plusieurs entreprises allemandes ont réduit le nombre d’heures de travail par semaine et pourtant l’économie allemande est en bonne santé. Des économistes allemands ont d’ailleurs lancé il y a quelques mois un appel européen visant à remettre la RCTT au centre du débat politique. Notre économie, pour fonctionner, doit se spécialiser. Il y aura toujours des pays qui proposeront des salaires plus bas. Mais à quel prix pour les travailleur-e-s ? Le coût de la main d’œuvre est toujours pointé du doigt, mais on oublie tous les autres coûts pour produire (notamment en matière d’énergie) et, surtout, on oublie que les travailleur-e-s ne sont pas un coût, mais que ce sont eux qui permettent à l’entreprise de produire. S’ils sont bien traités, ils sont plus productifs.

La RCTT concerne les travailleur-e-s soumis au régime des 36 ou 38h/semaine. Des embauches compensatoires seront nécessaires dans de nombreuses entreprises. Ces nouveaux travailleur-e-s pourront partager. Et si les règles sont bien fixées et négociées, notamment au niveau sectoriel, les nouvelles embauches seront effectives.

Sur ce sujet, des propositions différentes existent, mais il est clair qu’aucune ne propose de mettre en place une réduction collective du temps de travail qui appauvrisse les travailleur-e-s. Il y a cependant deux éléments à prendre en considération. Le premier concerne la nécessité de revoir la taxation sur le travail, de manière à permettre un glissement des revenus du travail vers les revenus du capital qui n’affecte pas le salaire poche. Le second élément concerne la diminution des coûts par l’augmentation du temps disponible. Des frais précédents pourront disparaitre parce que le temps de travail diminue. On peut penser par exemple à des frais de garde, des trajets, des frais médicaux (liés au stress au travail, par exemple)…

La plupart des partisan-e-s de la RCTT le font pour permettre une meilleure répartition du travail. D’autres ajoutent l’importance de libérer du temps de travail pour le consacrer à d’autres choses : s’occuper de soi et de sa famille, s’engager, participer à la vie sociale, culturelle… Ce n’est, a priori, pas la manière dont on conçoit l’emploi aujourd’hui. Pourtant, le développement de cette sphère autonome est créatrice de richesses. Peut-on dire à une personne qui n’a pas d’emploi mais qui consacre son temps à une activité bénévole, s’engage dans son quartier… qu’elle est paresseuse ? Ce serait une vision étriquée de l’emploi et du travail.

Oui, justement. L’Assemblée nationale française a réalisé de nombreuses auditions et a sorti un rapport en décembre 2014. La conclusion est claire : « Les 35h sont la politique qui a créé le plus d’emplois et qui a coûté le moins cher ». Et pourtant, ils pointent combien de nombreuses initiatives auraient pu être prises pour encore améliorer les effets positifs et les embauches.

Ce n’est pas parce qu’une idée a été en vogue il y a quelques années et n’a pas été appliquée, qu’elle cesse d’être pertinente. Il y a une diversité incroyable d’associations, d’intellectuel-le-s, de syndicats, de citoyen-ne-s, de partis qui, aujourd’hui encore, réclament cette RCTT. Si nous continuons à suivre les principes actuels du capitalisme, nous serons les plus compétitifs peut-être, mais malades de trop travailler, de trop s’appauvrir… Si une idée est bonne, elle mérite de s’en préoccuper. Etre actif sur le marché de l’emploi ne peut être l’unique but de chacun-e-s de nous. Nous avons besoin de temps pour vivre mieux et plus.

Quelques ressources pour aller plus loin :

La page du collectif Roosevelt et notamment l’abcédaire de la RCTT traduit de l’allemand

En réaction à la suppression des crédits temps, Bernard Fusulier propose, à l’inverse, de renforcer les dispositifs de réduction du temps de travail dans une société « multi-active » (Revue Démocratie, février 2015)

Analyse par G. Valenduc et P. Vendramin (FTU) de la perception et des perspectives politiques nouvelles en faveur de la RTT par les militants syndicaux : « La réduction du temps de travail : un OVNI pour les militants syndicaux ? » (Revue Démocratie, octobre 2013)

Analyse de Saw-Be : « Réduction collective du temps de travail : le temps d’agir » (2011).

Dossier de la revue Politique (n°67, 2010) consacré au thème « Temps de travail, Temps de vie« , avec des analyses multiples.

Des positions d’acteurs :

Jean Hindriks, membre de la commission « Pensions », « Les gens veulent ralentir ! » (Le Soir, 2 octobre 2015)

Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB, a mis sur la table du « groupe des 10 » (groupe de concertation social national) la semaine de 32 heures, en réaction au « tax shift » initié par le gouvernement, qui diminue les cotisations sociales sans contrepartie réglementée en termes d’embauches (cf. interview dans Le Soir du 10 août 2015). Marie-Hélène Ska (CSC) dit approuver la proposition (La Première, 21 août 2015).

Une analyse de l’Organisation Internationale du Travail, “Le partage du travail peut sauver des emplois en période de crise” (2013)

A l’agenda

Formations organisées par Roosevelt les 8 et 29 octobre, de 18h à 21h à la Maison du travail de Namur. Plus d’infos.

TAC Liège avec le MOC Verviers et le Centre Régional d’Intégration de Verviers organise un débat entre Bruno Colmant et Edgard Szoc sur le thème « Flexibilité du travail versus RCTT », le 12 novembre à Verviers.

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