Faux Métro… pour-suites

ParPatrick Jonniaux

Faux Métro… pour-suites

9 décembre 2016 – Bruxelles – Palais de Justice…

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Merci à tous les copains et à toutes les copines qui étaient présents physiquement ou en pensée lors du procès du faux Métro.

La prestation des avocats de Métro à été très décevante. C’était cher payée pour ce que c’était. Nous, on s’est défendu comme des lions. Le verdict n’est pas attendu avant un mois.

Malgré les poursuites-baillons, on reste déterminé à défendre une SNCB forte, accessible et de qualité.

À l’heure où la situation sur le rail est plus que jamais critique, construisons les solidarités entre navetteurs et travailleurs pour exiger des moyens pour le train de demain.

Martin Guerard, actif au sein du Mouvement et éditeur responsable du ‘Faux Métro’ partage ses sensations à l’approche du procès. Suivez la suite de l’action et soutenez Martin
J’étale pas souvent ma vie sur les réseaux sociaux. Vu que ce vendredi j’ai procès, qu’on me réclame 10 000 € et que ça arrive quand même pas tous les jours, ça mérite bien une petite exception.
Au mois de mars, avec les copains et les copines du mouvement citoyen Tout Autre Chose, on a rédigé et distribué un faux Journal Métro. C’était 10 petites pages, format journal, qui dénonçaient la manière dont le gouvernement fédéral asphyxie la SNCB.

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Aujourd’hui, la société qui édite le journal Métro me réclame une somme folle pour cela. Alors je veux vous raconter cette petite histoire, car ça ne concerne pas juste ma petite personne, mais quelque chose de plus important qui illustre ce qui ne tourne pas rond dans ce pays.
Le 7 mars 2016, avec des centaines d’autres citoyens, j’ai distribué 70 000 exemplaires d’un journal parodique, le Faux Métro. On y parlait avec humour de la gestion dramatique des chemins de fer par le gouvernement qui est responsable du calvaire commun que vivent les navetteurs et les travailleurs de la SNCB. On voulait de manière originale, faire entendre notre voix dans le débat sur l’avenir des transports publics et montrer que des alternatives sont possibles.
Et c’était pas juste moi et des potes. Des dizaines de citoyens l’avaient rédigé, les syndicats et les cheminots soutenaient, le projet « Tout Autre SNCB » du mouvement Tout Autre Chose avait reçu le soutien de 85 organisations de la société civile… on ne sortait pas ça de nulle part. Il fallait quelqu’un pour mettre son nom comme « éditeur responsable » de l’édition francophone, j’ai accepté.
Le jour J, la distribution s’est très bien déroulée, les navetteurs étaient heureux de recevoir un Métro alternatif en plus de leur habituel, la presse l’accueillait positivement.
Ça a commencé à être moins rigolo quand Mass Transit Média, la société qui édite le quotidien Métro, a envoyer des huissiers à ma maison pour m’annoncer qu’ils engageaient des poursuites contre moi.
Au milieu du mois de mars, il y a eu un premier procès ou il voulait nous interdire de poursuivre la distribution sous peine d’astreintes énormes. La juge a trouvé qu’ils avaient tord et qu’il y avait pas de raison de nous empêcher en l’état de diffuser notre journal.
Quelques temps plus tard, on a appris qu’ils s’entêtaient à réclamer 10 000 € de dommages et d’intérêts pour atteinte à leur image de marque et à leurs signes distinctifs. C’est un peu absurde parce que la portée parodique du faux Métro elle était évidente et annoncée et que c’était impossible de confondre le vrai Métro avec le faux Métro.
Quand je dis que ça ne concerne pas que moi, c’est parce que vous vous imaginez bien que ce n’est pas que « pour son image de marque » que Métro me poursuit. La société qui édite métro veut faire taire ceux qui critiquent son principal partenaire commercial (la SNCB), là est le problème ! Cette somme réclamée est astronomique et déconnectée de toute réalité. C’est ce qu’on appelle des poursuites-bâillons. Rien que les frais d’avocat pour se défendre montent presque aux coûts des dommages réclamés.
Imposer une telle somme à un citoyen ou aux associations qui sont solidaires c’est au final nous réduire au silence, car la somme est énorme pour une petite organisation. Au final, pour éviter tout risque d’être confronté à une action judiciaire et à une condamnation on finira tous par parler seul dans notre coin ou a ne plus revendiquer publiquement nos idées.

Ce n’est pas l’idée que je me fait de la démocratie et du débat public.

A l’heure ou le fossé se creuse entre les médias et les citoyens, qu’un groupe de presse poursuive devant la justice un citoyen qui a fait usage en toute bonne foi de sa liberté d’expression pour stimuler un débat public, n’est pas de nature à restaurer la confiance.
Aujourd’hui en Belgique, les citoyens qui défendent les services publics et qui portent des alternatives sont trainés devant les tribunaux. Au delà de mon cas personnel, je trouve ça extrêmement triste et inquiétant sur l’état de notre démocratie.
Vous pouvez retrouver le Faux Métro ainsi que toutes les actions entreprises par Tout Autre Chose pour revendiquer une #ToutAutreSNCB ici : pour une sncb forte et accessible
Le procès se déroule ce vendredi 09/12 à Bruxelles. Si vous souhaitez assister aux plaidoiries, rendez-vous à 8h30 devant le Palais de Justice. Ce sera une belle bagarre et je serais content d’avoir plein de gens à mes cotés pour vivre ce moment pas forcément rigolo.
Merci à tous ceux qui m’ont témoigné leur solidarité et qui m’ont soutenu jusqu’à présent.

Solidarité avec toutes les victimes de la répression !

À propos de l’auteur

Patrick Jonniaux administrator